Le fantôme et les faux monnayeurs
Eloso, Lilou, Neyrick
La veuve Noriko vint se plaindre à la Magistrature Impériale d'un problème de hantise: un esprit malin la terrorisait chez elle depuis des années en brisant bols et bouteilles avec fracas. Elle avait fait appel à des moines, avait multiplié les offrandes aux Fortunes, rien n'y faisait. Chaque fois qu'elle essayait de rapporter une quelconque bouteille ou un bol chez elle, il éclatait en mille morceaux. Elle s'était convaincue que son regretté époux, le fabricant de charrettes Genpaku, mort de façon suspecte en chutant dans un escalier, essayait d'attirer son attention. Et elle soupçonnait sa bru d'avoir assassiné Genpaku pour hériter car la rumeur prétendait qu'il avait trouvé un trésor dans son jardin.
Elle espérait que Isawa Kuyhime, dont on lui avait vanté les talents de shugenja, pourrait l'aider là où ni les moines ni les magistrats du Lion ne l'avaient prise au sérieux.
L'enquête révéla assez vite que Genpaku était un ivrogne notoire de son vivant, dont on murmurait qu'il avait trouvé un trésor dans son jardin. Mais tandis que les yorikis fouillaient nuitamment son atelier abandonné, le spectre de Genpaku leur apparut. Il leur révéla qu'il était bel et bien mort accidentellement d'une mauvaise chute alors qu'il était ivre mort. Quant à son trésor, il n'existait pas, il s'en était juste vanté un soir de beuverie et la rumeur avait enflé malgré ses dénégations ultérieures. S'il s'obstinait à briser les récipients dans sa demeure, c'était pour se venger de son épouse acariâtre qui l'avait toujours empêché de boire en cassant ses bouteilles de saké, de sorte qu'il était obligé de sortir pour aller se souler, un comble pour un honnête homme !
En revanche, les yorikis trouvèrent des traces d'activité illégale dans l'ancien atelier de Genpaku. Du bois en grande quantité, un creuset contenant des traces d'or fondu et quelques kokus suspects à l'effigie du Clan de la Grue laissent à penser que des trafiquants de monnaie sont à l'oeuvre.
Mais faute de preuve tangible, le Magistrat Impérial leur conseilla de ne pas en faire mention dans leur rapport.